Boom du photovoltaique : un effet boomerang plonge les Wallons dans la tourmente

Beexime étude énergétique  responsable  PEBEntre 60.000 et 70.000 Wallons ont déjà fait le choix du photovoltaïque. Un engouement qui désormais met en péril le système des certificats verts, un système mis au point par la Région wallonne pour inciter les gens à installer des panneaux. Cette crise plonge plusieurs sociétés et propriétaires dans une spirale financière dangereuse. La rédaction de RTL info a enquêté.

Le système des certificats verts (CV) wallons est-il en crise ? Probablement. Ces sortes de primes avaient été imaginées par le gouvernement régional pour inciter les habitants à installer des panneaux photovoltaïques sur leur toit, ceci afin d'augmenter la part d'énergie verte dans la production d'électricité (voir explications en encadré). Sans cet incitant financier, le photovoltaïque s'avérait trop cher et le particulier, pas fou, préférerait dès lors se contenter de son électricité en provenance d'une bonne vieille centrale nucléaire ou d'une centrale au combustible fossile crachant allègrement son CO2.

Le tiers payant: l'entreprise paie en partie l'installation photovoltaïque du client..

De nombreux entrepreneurs ont fondé des entreprises pour tirer profit du très généreux système des certificats verts. Un seul but: pousser un maximum de foyers à s'équiper en photovoltaïque. Pour cela, ils se sont lancés dans le concept dit du "tiers payant", c'est-à-dire que soit ils paient eux-mêmes (en partie) l'installation des panneaux, soit ils prennent à leur charge (en partie) le remboursement mensuel de l'emprunt que le client aura contracté auprès d'une banque pour payer son installation. Une proposition très tentante pour le particulier qui n'a dès lors que très peu à investir au départ.

... Et se rembourse avec les certificats verts cédés par le client

C'est bien gentil de la part de ces entreprises mais comment font-elles du profit ? Justement, sur les certificats verts. Le client cède pour un certain nombre d'années ses CV à l'entreprise. A chaque fois que l'installation du client produit une certaine quantité d'électricité, il a droit à un certificat vert parce que son électricité est non polluante (voir encore encadré). Ce CV, c'est l'entreprise qui le prend. Elle revend les certificats verts de tous ses clients aux fournisseurs d'électricité (Electrabel, Lampiris, Luminus,…), ce qui lui permet d'obtenir des prix avantageux. Avec les bénéfices tirés de cette vente, l'entreprise peut notamment rembourser les prêts de ses clients. Et voilà, tout le monde est content. Allons-y, installons des panneaux photovoltaïques à tour de bras et récoltons les précieux CV. En plus, c'est bon pour l'environnement.

Chute du prix des certificats verts et gros retard dans le traitement des dossiers

 Oui mais voilà, le concept du tiers payant a des pieds de cire, ils ont fondu au soleil et maintenant, c'est panique à bord. Que s'est-il passé ? En fait tout a trop bien fonctionné! Alléchés par les conditions irrésistibles du tiers payant, des milliers de Wallons se sont rués sur les panneaux photovoltaïques. Un rush qui a fait tomber ceux-là mêmes qui l'avaient voulu. La ruée vers le solaire a entraîné deux conséquences. D'une part, il y a eu tant de CV que l'offre a dépassé la demande et les prix ont logiquement baissé, une chute des prix dont on parlait déjà sur RTL info en février dernier.

D'autre part, les administrations se sont retrouvées totalement débordées. On n'accorde pas comme ça en un claquement de doigt les certificats verts. Une fois que le particulier installe ses panneaux photovoltaïques, un long processus administratif commence. Les dossiers d'octroi de certificats, trop nombreux, ont commencé à s'empiler sur les bureaux des gestionnaires des réseaux de distribution (Ores, Tecteo,…) ainsi que de la CWaPE (la Commission wallonne de l'énergie qui gère le système des CV) et les délais de traitement de ces dossiers se sont rallongés de plusieurs mois. Conséquence: les entreprises pratiquant le tiers payant se sont retrouvées en manque d'argent et leurs clients ont commencé à s'inquiéter de ne plus voir arriver leurs mensualités… qu'ils utilisaient pour rembourser leur emprunt à la banque. C'est ainsi que de nombreuses personnes ont contacté notre rédaction via la page Alertez-nous ces dernières semaines.

Le témoignage d'un patron d'une entreprise de tiers payant

CONCEPT’Eco ENERGY est l'une de ces entreprises en difficulté. Elles prenaient notamment en charge le coût de l'installation photovoltaïque. Son fondateur et patron, monsieur Dussard a accepté de nous raconter les difficultés rencontrées par le secteur et son entreprise: lire l'article.

Répercussion sur la facture d'électricité de tous les consommateurs ?

Acculées, certaines entreprises proposent désormais à leurs clients de reprendre leurs certificats verts et de les revendre eux-mêmes quand ils les recevront une fois leur dossier traité. Ces clients n'auront pas de mal à vendre ces CV puisque la Région oblige Elia, le gestionnaire du réseau de transport, à racheter les CV à 65 euros l'unité. Problème: Elia aura-t-elle l'argent nécessaire pour racheter cette quantité imprévue de certificats verts? Elle se posait déjà la question en février dernier alors que le prix de CV chutait. Si ce n'est pas le cas, elle augmentera ses tarifs auprès des fournisseurs d'électricité qui, eux, le répercuteront… dans la facture de tous les consommateurs.

Supprimer les certificats verts

La crise est parvenue jusqu'au parlement wallon. Plusieurs députés, aussi bien PS que MR, appellent le ministre wallon de l'Energie, Jean-Marc Nollet (Ecolo), à "revenir sur terre" et à réformer d'urgence le système. La CWaPE, la Commission wallonne de l'énergie régule le marché wallon de l'électricité. C'est elle qui gère les certificats verts. Elle ne s'en sort plus. Ces lignes sont saturées, croulant sous les appels de petits producteurs photovoltaïques paniqués. Elle conseille désormais de supprimer purement et simplement les certificats verts pour les petites installations (production inférieure ou égale à 10 KW). Une suppression qui ne sera pas sans conséquences. La demande risque de s'effondrer. De nombreuses entreprises créées ces dernières années grâce au boom pourraient dès lors s'éteindre aussi vite qu'elles sont apparues, avec à la clef de nombreux emplois perdus. Comment a-t-on pu en arriver là ? Une enquête de la rédaction de RTLinfo.be.

Source : http://www.rtl.be/info - 27 novembre 2012

Tags : responsable énergétique, responsable PEB , étude

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